Voyage au cœur de la pensée Cathare


« Et lorsque je vis le mystère de toutes ces paroles dans le vêtement qu’il m’avait envoyé,
je m’en revêtis à cette heure, et je devins une lumière immense… »
(extrait de la « Pistis Sophia »)

Fresque : façade Nord du « catholicon, Suceviṭa Monastery (1596) » Roumanie.

Guillaume Bélibaste, un des derniers parfaits Cathares, aurait prophétisé : « Au cap des 700 ans le laurier reverdira ». Et 767 ans après la chute de Montségur, nous allons nous efforcer d’accomplir la prophétie, en révélant pour la première fois des secrets qui ne se transmettaient que de Bonshommes à Bonshommes… Considéré comme une hérésie par les historiens ne voyant en lui qu’une « déviance » du christianisme, le catharisme semblait condamné à rester une énigme impénétrable, d’autant que les rares documents ayant échappé aux flammes des bûchers sont trop fragmentaires pour nous permettre de pénétrer dans les arcanes de cette religion. Mais le savoir des Parfaits ne devait – et ne pouvait – mourir avec eux, et celui qui possède la CLEF DES MOTS peut, à tout instant, retrouver la connaissance perdue. Ce que nous allons tenter de démontrer, en nous appuyant sur les règles de la Vraie Science ou de l’étymologie (du grec étumos, « vrai », et logos, « science ») pour remonter à la source de tous les mystères.

Les recherches historiques n’ont pu mettre en évidence que la « face visible » du Catharisme, faute de pouvoir pénétrer au cœur d’une pensée trop étrangère à notre vision rationaliste. De plus, la philosophie Cathare reflète les aspects les plus mystérieux du christianisme qui, eux-mêmes, puisent leur origine dans les cultes à mystères de l’Antiquité.

Perpétué pendant près d’un millénaire, le culte d’Éleusis (ville de l’Attique située au nord-est d’Athènes) fut le plus célèbre d’entre eux, mais un secret absolu entourait les rites pratiqués entre les murs du Télestérion où se réunissaient les prétendants aux mystères. Tenus par le serment qu’ils devaient prêter, les initiés avaient l’interdiction de révéler aux profanes le savoir transmis par les prêtres sacrés appelés hiérophantes. Néanmoins, grâce aux témoignages des auteurs qui furent admis au rang des « mystes » (Surnom donné à ceux qui recevaient l’initiation aux mystères), nous savons que les mystères d’Éleusis reposaient sur la mise en scène d’un drame mystique ayant pour principaux acteurs la déesse du blé (Déméter) et le dieu du vin (Dionysos) dont les attributs allaient devenir les fondements de la Cène christique. Associée dans la Genèse (Chapitre 14, Verset 18) au mystérieux personnage de Melchisédech, la sacralisation du Pain et du Vin prit une nouvelle dimension lorsque Jésus, pendant son dernier repas, compara ces aliments à son Corps et à son Sang, ainsi que le rapporte l’évangile de Matthieu : « Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain ; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Il prit ensuite une coupe ; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant : « Buvez-en tous ; car ceci est mon sang, le sang de l’alliance…» (Chapitre 26, Versets 26 à 28). Le pain et le vin possèdent un point commun qui réside essentiellement dans leur fabrication, puisqu’ils sont tous les deux les produits d’une fermentation. Or, comme nous le rappelle le mot latin Fervere, « bouillir », ce processus de transformation ne s’opère que sous l’action du feu caché dans la Matière. Et ce n’est pas un hasard si les Grecs désignaient le Blé et le Feu par le même mot PUROS qui donna leur nom aux Pyrénées, lesquelles allaient devenir le foyer ardent de la prédication des « Purs » d’Occitanie.

Créée sur la demande du pape Grégoire IX pour combattre le catharisme toujours vivant après la croisade contre les Albigeois, l’Inquisition ne s’est pas contentée de persécuter les hérétiques en les condamnant aux pires supplices. Recourant à l’autodafé sous toutes ses formes, elle s’efforça de faire disparaître les indices matériels reflétant les croyances de ceux que le peuple surnommait affectueusement les Bons Hommes ou les Bonnes Femmes (car, fait rarissime au Moyen Age, les Cathares considéraient la femme comme l’égale de l’homme, et les Parfaites avaient autant le droit de prêcher que les Parfaits). Mais les atrocités commises par les inquisiteurs ne purent effacer de la mémoire collective le souvenir de ces religieux qui se nommaient eux-mêmes les Bons Chrétiens, afin de se différencier des représentants de l’Eglise romaine s’étant détournés du christianisme des origines. Cependant, comme le remarquait le professeur René Nelli, « tous les cathares ne se trouvaient pas au même niveau de spiritualité : les uns étaient encore au bas de l’échelle, quand les autres approchaient du sommet. C’est pourquoi le catharisme faisait une grande différence entre la masse des fidèles qu’il appelait « croyants » et le petit groupe d’initiés qu’il appelait « parfaits » (« Les Cathares » de René Nelli, éditions Marabout). Ces faits démontrent, d’une manière incontestable, que le catharisme était bel et bien une religion à mystères dont les adeptes avaient l’obligation de franchir plusieurs « degrés » avant d’accéder au sommet de l’initiation ; ce dernier n’étant accessible qu’aux Parfaits ayant reçu le CONSOLAMENTUM  (l’unique sacrement pratiqué par les Cathares) qui faisait d’eux des REVÊTUS. Ce vocabulaire symbolique est un trait caractéristique du catharisme, et il est tout sauf anodin… Forgé par des personnes maitrisant à la perfection l’emploi de la métaphore – tout comme Jésus qui ne s’exprimait qu’en paraboles – chacun de ces termes possède une signification profonde s’adressant exclusivement à ceux « qui possèdent des oreilles pour entendre » ou, pour reprendre l’expression employée par les Parfaits, cet « entendement du bien » conférant aux auditeurs la faculté de « bien entendre ». Mais pas plus qu’ils ne comprenaient le discours crypté des évangiles, les ennemis des Cathares n’auraient jamais soupçonné que les Parfaits dévoilaient leurs plus grands secrets dans l’utilisation d’un langage codé qui allait perdurer par-delà les siècles.

Pour les bonshommes, nul ne pouvait se prétendre chrétien s’il n’avait accompli une véritable métamorphose intérieure. C’est pourquoi les Parfaits cherchaient à se purifier par la pratique de la Katharsis (du grec Katharos, « pur ») d’où provient le mot Cathare, selon l’interprétation la plus répandue. Toutefois, on leur donnait également le nom de Manichéens (parce que leur prédication reposait, comme celle du prophète Manès ou Mani, sur l’éternel combat entre la Lumière et les ténèbres), de Publicains (terme latinisé pour désigner des Pauliciens), de Bougres (déformation du mot Bulgare évoquant leurs liens avec les Bogomiles), d’Albigeois (dans le sud de la France où la tolérance de la civilisation occitane permit aux Cathares d’en faire leur terre de prédilection), de Tisserands ou bien encore de Patarins. La plupart de ces noms, comme nous venons de le voir, s’expliquent facilement. D’autres, en revanche, semblent beaucoup plus mystérieux et, en raison même de leur étrangeté, ils semblent nous délivrer un message qui doit retenir tout particulièrement notre attention… Refusant de vivre d’aumônes, les Parfaits se faisaient une obligation de travailler pour subvenir eux-mêmes à leurs besoins, en exerçant le plus souvent la noble activité de tisserand. Un métier qui était aussi tout un symbole pour les Revêtus aspirant à tisser leur « robe de lumière » dont le mystère fit l’objet de cet enseignement donné par Paul de Tarse aux Corinthiens : « Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d’œil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. Car il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité. Lorsque ce corps corruptible aura revêtu l’incorruptibilité, et que ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole qui est écrite : La mort a été engloutie dans la victoire » (Première Épître aux Corinthiens, Chapitre 15, Versets 51 à 54). A la lecture de ces lignes, nous devinons que les Cathares voyaient dans l’état de « revêtu » quelque chose de beaucoup plus extraordinaire que le simple fait d’enfiler une robe de moine, en s’appuyant probablement sur ces paroles du psalmiste : « Il s’enveloppe de lumière comme d’un manteau » (Psaume 104, Verset 2). Et l’homme qui détenait la clef de ce mystère serait aussi celui qui l’aurait vu de ses propres yeux…

Comme nous l’avons remarqué plus haut, les bonshommes avaient reçu le nom de Publicains qui était synonyme de Pauliciens, cela nous laissant penser que les Cathares accordaient une importance toute particulière aux écrits attribués à l’apôtre des Gentils. Mais pourquoi auraient-ils porté autant de considération à la parole de Paul de Tarse ? Qu’est-ce qui distinguait celui-ci des autres disciples de Jésus ? Rien, si ce n’est qu’il fut le témoin privilégié de la vision qui allait « foudroyer » l’impitoyable persécuteur des chrétiens pour faire de lui le plus zélé des apôtres, selon la propre confession de Paul au roi Agrippa : « Pour moi, j’avais cru devoir agir vigoureusement contre le nom de Jésus de Nazareth. C’est ce que j’ai fait à Jérusalem. J’ai jeté en prison plusieurs des saints, ayant reçu ce pouvoir des principaux sacrificateurs, et, quand on les mettait à mort, je joignais mon suffrage à celui des autres. Je les ai souvent châtiés dans toutes les synagogues, et je les forçais à blasphémer. Dans mes excès de fureur contre eux, je les persécutais même dans les villes étrangères. C’est dans ce but que je me rendis à Damas, avec l’autorisation et la permission des principaux sacrificateurs. Vers le milieu du jour, ô roi, je vis en chemin resplendir autour de moi et de mes compagnons une lumière venant du ciel, et dont l’éclat surpassait celui du soleil. Nous tombâmes tous par terre, et j’entendis une voix qui me disait en langue hébraïque : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il te serait dur de regimber contre les aiguillons. Je répondis : Qui es-tu, Seigneur ? Et le Seigneur dit : Je suis Jésus que tu persécutes. Mais lève-toi, et tiens-toi sur tes pieds ; car je te suis apparu pour t’établir ministre et témoin des choses que tu as vues et de celles pour lesquelles je t’apparaîtrai » (Actes des Apôtres, Chapitre 26, Versets 12 à 16). Alors que tous ses compagnons entendirent clairement la voix venue du ciel, Saul – rebaptisé Paul après sa conversion – aurait été le seul à voir l’apparition éblouissante qui le laissa aveugle pendant trois jours, jusqu’à ce qu’un disciple de Jésus habitant Damas vienne lui rendre ce qu’il avait perdu : « Ananias sortit ; et, lorsqu’il fut arrivé dans la maison, il imposa les mains à Saul, en disant : « Saul, mon frère, le Seigneur Jésus, qui t’est apparu sur le chemin par lequel tu venais, m’a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli du SaintEsprit. Au même instant, il tomba de ses yeux comme des écailles, et il recouvra la vue. Il se leva, et fut baptisé » (Actes des Apôtres, Chapitre 9, Versets 17 à 19).

Se confondant avec le baptême paulinien, l’imposition des mains était déjà évoquée dans l’Ancien testament où il est écrit que l’Éternel dit à Moïse : « Prends Josué, fils de Nun, homme en qui l’Esprit réside ; et impose-lui la main » (Nombres, Chapitre 27, Verset 18). Et suivant un rituel identique à la Semikha des kabbalistes juifs – rituel par lequel un maître est censé transmettre à son disciple une partie de sa puissance spirituelle – c’est par l’imposition des mains (comme le rappelle Jean Duvernoy dans son livre sur « La religion des Cathares » (éditions Privat), « l’imposition des mains est attestée déjà chez les manichéens d’Orléans en 1022 »)que les Cathares conféraient aux croyants le baptême de l’Esprit par lequel ces derniers accédaient au statut de « consolés ». Les effets de ce baptême spirituel nous sont inconnus, mais ceux-ci étaient loin d’être négligeables à en croire ces paroles que l’apôtre Paul adressa à Timothée : « Ne néglige pas le don qui est en toi, et qui t’a été donné par prophétie avec l’imposition des mains de l’assemblée des anciens » (Première Épître de Paul à Timothée, Chapitre 4, Verset 14). Un « don » qui, en outre, devait se mériter, d’où cette recommandation de Paul à son fils spirituel : « Ne te hâte pas d’imposer les mains à qui que ce soit » (Première Épître à Timothée, Chapitre 5, Verset 22). Sachant que les mains étaient imposées sur la tête du récipiendaire, et plus précisément à l’endroit des fontanelles (les trépanations sacrées, pratiquées un peu partout dans le monde, auraient eu pour but de rouvrir ces portes par lesquelles se recevrait la connaissance céleste, ainsi que l’évoquait Francis Mazière dans son ouvrage « Fantastique île de Pâques » (éditions Robert Laffont) en parlant de « cette légère excroissance par où les initiés d’Asie et d’Afrique pensent que se récepte la connaissance et que nous appelons fontanelle ») qui seraient les « portes du ciel » suivant une tradition universelle, on peut supposer que ce rite procurait aux baptisés une perception élargie de la réalité, les aidant à acquérir la connaissance salvatrice ou cette fameuse Gnose (du grec Gnosis, « connaissance ») dont le pouvoir transformateur agirait sur la conscience de ses heureux possesseurs. La plupart des chercheurs en sont donc venus à la conclusion que l’imposition des mains suffisait à prodiguer le baptême loué par l’apôtre Paul quand il vint proclamer aux Éphésiens qu’il n’y a « qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Épître aux Éphésiens, Chapitre 4, Verset 5). Mais cette hypothèse ne saurait expliquer ces propos de Jean-Baptiste annonçant la venue du Christ : « Moi, je vous baptise dans l’eau, mais voici venir celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses chaussures. Lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu. Il tient en main le van pour nettoyer son aire. Il amassera le froment dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint pas » (Luc, Chapitre 3, Versets 16 et 17). Si le baptême de l’Esprit et du Feu ne sont qu’une seule et même chose, pourquoi employer deux termes au lieu d’un ? En outre, la parabole choisie par Jean le baptiste associant le froment à l’élément igné (comme le mot Puros que nous avons déjà mentionné) est très révélatrice pour les BIENENTENDANTS, ceux-là mêmes qui ont retenu la leçon capitale que Jésus a voulu donner à ses disciples en leur disant que le pain – dont le secret de fabrication réside tout entier dans ce levain révélant l’action du feu brûlant au cœur de la Matière – était le symbole de son corps.

Seulement, il ne faut pas oublier que le corps de Jésus était, physiologiquement parlant, celui d’un homme ordinaire avant de « revêtir » la lumière qu’il cachait au fond de lui…

Dans l’évangile gnostique de Thomas, appartenant à la collection des manuscrits retrouvés près de Nag Hammadi, en Haute-Égypte, il est écrit que « si la chair est venue à l’existence à cause de l’esprit, c’est une merveille, mais si l’esprit est venu à l’existence à cause du corps, c’est une merveille de merveille » (Logion 29). Contrastant avec le langage figuré des paraboles, cette parole attribuée à Jésus nous dit clairement que le corps humain possèderait l’incroyable pouvoir d’ENGENDRER UNE MERVEILLE, à l’instar de la déesse Déméter dont le nom peut se traduire littéralement par « celle qui construit un prodige » (de Dêmô, « construire » et Têras, « prodige »). Mais par quel moyen notre enveloppe charnelle serait-elle capable de fabriquer la Merveille des merveilles ? Là encore, Jésus nous offrit la réponse en faisant du vin le symbole de ce sang rédempteur qui renfermerait le feu de toutes les métamorphoses… ainsi que nous le rappelle le nom d’Adam associant le Aleph (la première lettre de l’alphabet hébreu symbolisant le feu divin) au mot Dam (sang). Et c’est pourquoi Yahvé aurait défendu aux enfants d’Israël de consommer le sang : « Car l’âme de toute chair, c’est son sang, qui est en elle. C’est pourquoi j’ai dit aux enfants d’Israël :

Vous ne mangerez le sang d’aucune chair ; car l’âme de toute chair, c’est son sang ; quiconque en mangera sera retranché » (Lévitique, Chapitre 17, Verset 14). Néanmoins, si l’âme de toute chair réside dans le précieux liquide coulant dans nos veines aussi bien que dans celles de n’importe quel animal, le sang de l’homme serait le seul à pouvoir « s’embraser » pour devenir semblable au sang des dieux ou à cet Ikhôr (duquel dérive le mot « liqueur » devenu notre Eau-de-Vie) décrit par Homère dans ces vers de l’Iliade : « L’arme aussitôt va pénétrant la peau à travers la robe divine, ouvrée des Grâces elles-mêmes, et, au-dessus du poignet de la déesse, jaillit son sang immortel : c’est l’ « ichor », tel qu’il coule aux veines des divinités bienheureuses : ne mangeant pas le pain, ne buvant pas le vin aux sombres feux, elles n’ont point de sang et sont appelées immortelles » (Vers 339- 342). Remarquons au passage l’allusion du poète au pain et au vin, comme pour mieux souligner que ces symboles ne vont jamais l’un sans l’autre, pour la même raison que la déesse aux épis ne saurait être séparée du dieu de la vigne dont le nom étrange évoque la merveille « née de Dieu » (Dios-Nésis).

Arrivés à ce stade de notre démonstration, le lecteur aura compris que les mystères du christianisme étaient déjà connus et enseignés des siècles avant la naissance de Jésus…Pourtant, d’une certaine façon, ce savoir – transmis aux Grecs par les prêtres égyptiens qui le tenaient eux-mêmes de ces maîtres inconnus leur ayant permis de construire la plus fabuleuse des civilisations – était condamné à rester lettre morte, parce que personne ne l’avait encore accompli dans sa « chair » et dans son « sang ». Et ce qui nous permet aujourd’hui d’affirmer qu’un homme a bien réalisé le BAPTÊME DU FEU est un simple drap de lin où s’est imprimée la plus incroyable des images… Malgré tous les efforts de ses détracteurs voulant faire croire qu’il ne s’agit que d’une vulgaire peinture réalisée par un artiste aussi génial que Léonard de Vinci, le linceul de Turin demeure une énigme inexplicable pour la science, surtout depuis que les travaux du chimiste américain Raymond Rogers ont invalidé les résultats de l’analyse au Carbone 14 (pratiquée sur un morceau du linceul résultant d’un rapiéçage opéré au Moyen Age, comme le prouve la présence de fils de coton mélangés aux fils de lin). De plus, les analyses aux rayons X ont formellement établi que ce drap mortuaire ne présentait aucune trace de peinture, et les expériences effectuées au Centre d’Etudes nucléaires de Grenoble en 1992 révélèrent que l’oxydation du tissu – dû à l’irradiation des fibres sur une profondeur de 45 microns – avait été causée par un bombardement de protons, lequel aurait été provoqué par une soudaine explosion d’énergie ayant fait « éclater » les noyaux de deutérium présents dans l’eau qui compose environ 60% d’un corps humain. Enfin, d’après les conclusions de l’expert judiciaire Grégoire Kaplan, « le linceul porte une image qui ressemble à un négatif photographique mais qui, en vérité, n’en est pas un, car les variations d’intensité de la coloration ne viennent pas d’un jeu d’ombres (ce qui est le propre de la photographie) mais de variations de distances entre l’objet représenté et le Linceul. C’est donc une image porteuse d’une information tridimensionnelle » (« Le Linceul de Turin vu par un expert judiciaire » de Grégoire Kaplan, aux éditions François-Xavier de Guibert).

En tenant compte de tous ces éléments, nous sommes obligés d’admettre que l’homme du linceul (dont l’image présente, de surcroît, toutes les marques de la crucifixion telle que la pratiquait les romains) a réussi son apothéose – du grec Apotheôsis ou « élévation au rang des dieux » – au moment où son enveloppe charnelle a revêtu la gloire de Yahvé que les auteurs de l’Ancien Testament comparaient à un « feu dévorant » (Exode, Chapitre 24, Verset 17) ; une métaphore à prendre au pied de la lettre, puisque le bienheureux qui se consume au FEU DE DIEU est censé disparaître instantanément aux yeux des mortels, en nous donnant l’explication de ce passage de l’évangile de Philippe où l’Enseigneur Jésus proclame que « l’Accomplissement rend l’Homme insaisissable et invisible » (Logion 106). Et aussi incroyable que cela puisse paraître, l’empreinte intacte des taches de sang retrouvées sur le Saint Suaire témoignent que le corps enveloppé dans le linceul a subi une dématérialisation défiant toutes les lois de notre physique ! Ainsi, depuis deux mille ans, cette relique, unique entre toutes, a miraculeusement échappé aux guerres et aux incendies qui auraient pu la détruire pour toujours, et le simple fait qu’elle existe nous offre la preuve matérielle que tout être humain a le pouvoir de RENAÎTRE DE SES CENDRES comme le légendaire phénix. Car si Jésus-Christ fut le « Premier-né d’entre les morts » (Epître aux Colossiens, Chapitre 1, Verset 18) – ce précurseur que les gnostiques appelaient l’Autoengendré – il nous a également montré la voie que nous devions suivre, en rappelant au pharisien Nicodème que « si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (Jean, Chapitre 3, Verset 3).

La notion de « corps céleste » ou CORPS GLORIEUX représentait le cœur de la mystique Cathare, et nous devinons maintenant la raison pour laquelle les bonshommes avaient pris le surnom de Patarins, puisque celui-ci nous renvoie au mot Pataréen qui était l’une des nombreuses épithètes d’Apollon ; ce dieu de la Lumière qui s’était follement épris de la nymphe Daphné tirant son nom du laurier dont elle avait pris l’apparence pour échapper aux « feux » de l’amour apollinien. néanmoins, c’est dans la figure de la vierge Sophia que réside le plus grand mystère du catharisme… Ayant donné son nom à la capitale de la Bulgarie, la patrie des Bogomiles, Sophia (Σοφία en grec) se présente à nous comme la personnification de la sagesse divine. Particulièrement vénérée à Byzance, avant que son culte ne se répande dans toute l’Europe via les pays slaves, elle occupe le premier rôle dans le plus célèbre des traités gnostiques connu sous le nom de Pistis Sophia ou la Fidèle Sagesse. Mais une prophétie aurait prédit également que « seul celui qui a incarné les principes christiques dans sa nature spirituelle sera capable d’entendre, de comprendre et de dévoiler le contenu de la Pistis Sophia ». Prétendant rapporter les entretiens secrets que Jésus aurait échangés avec ses disciples pendant les onze années qui suivirent sa résurrection, le traité de la Pistis Sophia se présente sous la forme d’un « livre muet » ne pouvant parler qu’aux lecteurs initiés à ses mystères. Toutefois, après les éléments que nous venons d’exposer, tout un chacun doit être en mesure d’entrevoir le sens caché de cet extrait : « Et Jésus, continuant de parler, dit à ses disciples : « Écoutez, écoutez ce qui m’arriva avec les archons, des douze éons, et avec tous leurs archons, et leurs maîtres, et leurs autorités, et leurs anges, et leurs archanges. Lorsqu’ils virent le vêtement brillant qui est sur moi, car chacun d’eux vit le mystère de son nom qui est en mon vêtement brillant dont j’étais revêtu, tous se prosternèrent à la fois, adorant le vêtement brillant qui est sur moi, et tous s’écrièrent à la fois, disant : « Le Seigneur de l’univers nous a changés à notre insu ». Ou bien encore de ces paroles énigmatiques prononcées par la radieuse Sophia : « Je te rendrai témoignage, ô lumière, parce que tu m’as sauvée, et je célébrerai tes miracles dans la race de l’humanité ».

Les Cathares refusaient d’adorer la vierge Marie, qu’ils associaient à l’image de la maternité charnelle, pour vénérer exclusivement la « vierge de lumière » qui incarnait le but ultime de leur cheminement spirituel. Et pour résoudre ce dernier mystère, il nous faut de nouveau avoir recours au génie des Grecs, puisqu’il suffit de remplacer la lettre Mu du mot SoMa (corps) par la lettre Phi (figurant à elle seule la « lumière » du terme grec Phôs) pour comprendre que SoPHIa n’est autre que le symbole du corps humain qui a revêtu la gloire des immortels… afin de devenir cette vierge « si belle » à la chair transfigurée que l’on retrouve sous les traits de la déesse phrygienne Cybèle surnommée la MÈRE DES DIEUX (Magna Mater). Enfin, c’est le moment de noter un petit détail qui pourrait éclairer d’un jour nouveau l’étrange condition que les défenseurs de Montségur imposèrent aux croisés avant d’abandonner la forteresse. Les fêtes données en l’honneur de Cybèle, au cours desquelles les participants revivaient chaque année la « mort » et la « résurrection » du berger Attis, se déroulaient durant la période du 15 au 27 Mars. Or, pour une raison connue d’eux seuls, les Parfaits de Montségur réclamèrent une trêve de quinze jours qui leur fut accordée, laquelle devait leur permettre de demeurer dans le château jusqu’au matin du 16 Mars où ils allaient choisir de périr sur le bûcher plutôt que de renier leur foi. Seulement, une question demeure : pourquoi les bonshommes tenaient-ils autant à vivre jusqu’à cette date ? Pour évacuer leur légendaire « trésor » ou pour se préparer à la mort, ainsi qu’on le suppose généralement ? Dans un cas comme dans l’autre, ils n’avaient pas besoin d’un si long délai, et le chercheur Fernand Niel avait presque trouvé la solution en écrivant ces lignes : « Les pourparlers ayant été entamés le 1er Mars 1244, la place serait rendue quinze jours plus tard. Ceci, peut-être, pour permettre aux Cathares de célébrer une fête manichéenne, qui tombait à l’équinoxe de printemps » (« Albigeois et Cathares » de Fernand Niel, éditions Presses Universitaires de France). C’est également ce remarquable auteur qui fut le premier à mettre en évidence les anomalies architecturales de la forteresse de Montségur (totalement aberrantes pour un édifice à vocation militaire) et ses alignements solaires permettant à la lumière du solstice d’été, au moment du lever du soleil, de traverser les archères du donjon pour apparaître sous la forme de deux splendides rayons… Un phénomène qui montre, s’il en était encore besoin, l’attachement des bonshommes à la manifestation physique de cette lumière qu’ils savaient ne pouvoir trouver qu’au fond d’eux-mêmes.

Dans les premiers siècles du christianisme, le baptême était désigné par un mot particulier, celui de Photismos (φωIJιıμός) évoquant l’action d’ILLUMINER dans la langue des anciens Hellènes. Mais, pour les bons chrétiens, l’illumination n’était pas qu’une simple vue de l’esprit, parce qu’ils avaient été les témoins – directs ou indirects – du miracle accompli par le premier homme ayant triomphé de la mort. Désireux de suivre son exemple, les gnostiques de tous les pays se sont fait un devoir de préserver ce savoir, dans l’espoir qu’à leur tour, ils réussiraient à transformer leur « corps de boue » en « vêtement de lumière ». Et il n’est pas impossible que certains Parfaits y soient parvenus, sans pouvoir laisser derrière eux une preuve aussi éclatante qu’un linceul portant les marques d’une explosion nucléaire…

Heureusement, la flamme qui animait les Cathares ne s’est jamais éteinte, et il dépend de chacun d’entre nous de retrouver la vérité de cette affirmation du poète Pindare : « Heureux ceux qui ont traversé les Mystères, ils connaissent l’origine et la fin de la vie ».

Magali CAZOTTES

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